Emission n°108: Extension du domaine de la lutte
Emission n°108 EXTENSION DU DOMAINE DE LA LUTTE
le 26/11/15
FRANCE
Psychologie sociale
Nature : Cinéma
Histoire:
Un technicien en informatique n’ayant plus aucune ambition doit effectuer en province un stage de formateur aux côtés d’un formateur attitré. Malgré ses échecs successifs, celui-ci cherche toujours l’amour…
de et avec : P. Harel ( le technicien en informatique )
et : J. Garcia ( R. Tisserand ),
C. Mouchet ( la psy ),
C. Rossignon ( Bernard ),
P. Agael
violence : un peu - humour : aucun - diffusé sur www.youtube.com - 16h30
Cote d’amour : 3+
Commentaires:
Dénonciateur courageux d’une mutation sociale dans tous les domaines de la vie depuis la libéralisation primitivement économique, Houellebecq a totalement inspiré Harel qui affiche, d’ailleurs, la même approche des événements et des gens qui l’entourent : le penseur existentiel qui incite sournoisement l’autre au lieu de plonger à sa place. Son statut d’intellectuel lui octroie une forme de carapace qui lui évite les tempêtes et bourrasques les plus menaçants. Il se couvre du courroux potentiel d’autrui, ce qui ne l’empêche pas de penser et de construire insidieusement. L’écrit de l’intellectuel est appliqué par son émule Harel qui en fait une arme très influente : par la parole, malgré sa voix mal assurée et falote, le technicien en informatique qu’il incarne pousse au suicide son collègue miséreux sur le plan sexuel. La « lutte-à-mort » hégélienne s’exerce et continue à s’exercer dans une dialectique du maître et de l’esclave qui n’a toujours pas disparu malgré les progrès vers la libéralisation des hommes. Marx avait déjà dénoncé les néfastes conséquences de celle qui évoluait sur un terrain économique ; Houellebecq étend la critique au domaine de la sexualité, d’où le titre de son œuvre et de son adaptation par Harel : celle-ci est encore d’actualité en cette époque contemporaine car sur le terrain de la sexualité, la libéralisation des mœurs n’a pas effacé l’asymétrie entre les maîtres et les esclaves et l’a même entérinée et amplifiée. Les maîtres riches se partagent « le bétail » féminin alors que les pauvres loosers sont esclaves de leur individualité. Pour étayer cette inégalité sexuelle, Houellebecq la développait même chez les nantis sur le plan économique : la différenciation entre eux s’opère maintenant sur le plan sexuel. Mais Harel reproduit scrupuleusement et froidement le cruel manque de philosophie de Houellebecq : le film illustre la misère des hommes et non pas celle des femmes qui connaissent le même fléau pour beaucoup d’entre elles qui ont certainement acquis leur dignité sur le plan économique et professionnel, ce qui a pu favoriser chez elles aussi un délaissement sentimental, voire sexuel. Le gel des relations entre hommes et femmes, et plus particulièrement sur notre continent européen, pourrait naître de l'ascension socio-professionnelle des femmes qui n'ont en tête que de lutter pour cela. Cette réalité-là semble être méprisée chez les auteurs, prisonniers, quant à eux, de leur tonneau de Diogène cynique ( et donc d’un individualisme forcené ) et onaniste. Ils semblent projeter leur propre situation qu’ils ont tort de généraliser. L’aisance économique aurait dû leur permettre de sortir de leur ego !
Cotes d'appréciation:
Réalisation : 3+ Interprétation : 3+
Scénario : 4-
Dialogues : 5 Décor : 2
Montage : 3+ Photo : 3+
Son : 3+
Costumes : 3+ Musique : 3