Film n°1253: L'avenir
FILM n°1253 L’ AVENIR
le 24/04/16 A l’extrême superficie de la philo
FRANCE/ALLEMAGNE
Drame
POITIERS – TAP Castille
Histoire:
Nathalie est professeur de philo dans un lycée parisien. Elle partage son temps avec ses 2 enfants, son mari, son ancien élève et collaborateur normalien, sa mère possessive. Son mari la quitte, ce qui la rend libre !
de: M. Hansen-Love
avec : I. Huppert ( Nathalie ),
A. Marcon ( Heinz ),
R. Kolinka ( Fabien ),
E. Scob ( Yvette )
violence : aucune - humour : aucun - salle : 10% de la salle - tarif :7.50€
Côte d’amour : 2
Commentaires:
Adapter la pensée existentielle et philosophique au monde pratique et quotidien n’est jamais chose aisée. Cette tentative de confondre théorie et vie engagée d’une professeure de philo et de son acolyte est un échec : en effet, si les acteurs furent sagement choisis avec, en tête de proue, une Isabelle Huppert toujours calme et flegmatique, l’ensemble du montage ne s’épargne et ne s’écarte jamais de la superficialité. Faute de maîtriser la sphère spécifiquement intellectuelle de la vraie pensée philosophique, la réalisatrice en reste à ses caricatures les plus éculées à la superficie de ceux qui sont sensés l’incarner, mais qui ne font que lui ôter du sens à force de s’en extraire. Ainsi, Huppert déclame en classe ou en déplacement, mais le contenu de ses réflexions est, à chaque tirade, aisément critiquable et ne relève donc pas d’une cogitation mûrie comme, par exemple, l’expression qui sort de sa bouche quand elle déclare à son valet normalien que, pour une fois, elle se sent entièrement libre, alors qu’aucun philosophâtre aujourd’hui ne saurait défendre la liberté absolue. Certes, Huppert n’a probablement pas la disposition de comprendre les implications que demande la vraie posture philosophique, emmenée par une réalisatrice de même état. Pour se donner un vernis d’expert, celle-ci agrémente d’allusions à des titres et à des noms illustres de la philosophie son produit. Mais ces bribes « symboliques » sont détachées de l’enchaînement d’actions qui devraient leur correspondre : ainsi, pour signifier une vie à réinventer librement, Huppert se met à acquérir l’œuvre de Lévinas intitulée : « Difficile liberté ». Ce titre a la profondeur de concevoir la liberté comme libre-arbitre permis par autrui, ce qui n’est explicitement pas replacé dans le courant des événements au champ sémantique globalement nul ! Alors on sort à tout bout de champ les gros sabots lourds et clinquants du folklore populaire se pensant subtilement « philosophique » : les philosophes siègent dans leurs bibliothèques et se reconnaissent en fumant la pipe. Pour ne plus sembler intellectuellement et banalement académiques, ils ne lisent plus Platon ou Kant, mais Adorno ou Horkheimer pour impressionner une fois de plus non seulement le profane, mais aussi le connaisseur ultimement porté à étudier les thèses de l’école de Francfort ( par la simple allusion, la réalisatrice pense encore pouvoir passer pour le maître-singe ). Quand ils doivent paraître élitistes et donc différents et lucides, ce que le label « normalien » ne semble plus pouvoir assurer sur une silhouette habillée de vêtements courants, ils quittent le bas peuple et descendent dans le Vercors se réfugier dans la pensée altermondialiste qui est sensée actualiser aujourd’hui la pensée anarchiste du début du XXème que l’on exprime seulement par le nom de Bakounine ! Devinez vous-même le rapport…Surtout, ce qui est le suprême de l’irréalisme le plus mensonger est la classe ultra-moutonneuse dont dispose sans effet d’autorité la prof héroïne, surtout dans le contexte parisien de contestation permanente et effervescente en temps de manifestation généralisée. Ainsi, tous les clichés sont réunis pour créer, bien gauchement, une superbe supercherie qui contentera les thuriféraires des impressions faciles, s'épargnant ainsi de véritables efforts intellectuels.